Olive Sigoise
Huile d'olive · Sig · Algérie
Vue panoramique — plaine de Sig, Mascara, Algérie
Terroir & Histoire·15 min de lecture

Sig, Mascara — 180 ans d'histoire entre coton, vigne et olivier

Aujourd'hui, la plaine de Sig produit de l'huile. Des quantités considérables, avec plus de 220 huileries en activité. Cette réalité n'est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de 180 ans de tâtonnements, d'échecs et de résilience végétale.

Avant les Français : le Sig berbère et ottoman

Avant qu'un seul colon européen ne pose le pied dans la plaine, la région de Sig existait déjà. L'oued Sig — que l'on appelle aussi oued Mekerra — serpentait à travers une plaine fertile peuplée de tribus berbères sédentarisées. Ces familles cultivaient la terre, élevaient des troupeaux, et avaient depuis des générations quelques oliviers dans leurs jardins. Pas des monocultures. Des oliviers de famille, pour l'usage domestique, pressés à la meule de pierre.

La région relevait alors de la régence ottomane d'Alger. À quelques kilomètres au sud, la ville de Mascara — dont le nom arabe Mouaskar signifie littéralement « lieu des soldats » — était une place forte militaire importante. C'est dans cette région que naît en 1808 l'Émir Abd el-Kader. La plaine de Sig fut l'un des théâtres de sa résistance.

1845 — Naissance de Saint-Denis-du-Sig

La conquête militaire de l'Algérie commence en 1830. Les stratèges français comprennent qu'occuper le territoire passe par le peupler. En 1837, Bugeaud propose de créer près de l'oued Sig un village européen défensif. Les premiers colons s'installent dès 1841. Ce sont d'abord des Allemands, puis en 1845, cinquante familles originaires de Franche-Comté rejoignent la plaine.

Le 20 juin 1845, un arrêté du Maréchal duc de Dalmatie officialise la création du centre de Saint-Denis-du-Sig sur la rive droite de l'oued. Mais une décision accompagne la fondation qui changera tout : dès 1845, les ingénieurs construisent un barrage-déversoir dans l'oued Sig. Ce barrage crée la première zone d'irrigation structurée de la plaine. L'eau devient maîtrisable. L'agriculture à grande échelle devient possible.

L'or blanc et la vigne : deux faux départs (1850–1934)

Le premier choix est le coton. La progression est spectaculaire : 109 ha en 1850, 350 ha en 1853, 1 500 ha en 1855. Sig devient l'un des pionniers de l'agriculture industrielle coloniale. Puis les cours mondiaux s'effondrent en 1886. La filière disparaît. Premier échec.

La vigne prend le relais — 724 ha en 1887, faisant de Sig l'un des centres viticoles les plus importants d'Oranie. Puis le phylloxéra frappe. La maladie ravage les vignobles : une quinzaine d'hectares en 1934. La vigne disparaît quasi totalement. Second échec.

L'olivier s'impose (1900–1962)

C'est précisément l'effondrement successif du coton et de la vigne qui incite les Sigois à se tourner vers l'olivier. Mais il faut comprendre que l'olivier n'est pas une invention coloniale dans cette plaine. Il était déjà là — dans les jardins berbères, dans les vergers familiaux, cultivé depuis des générations par les familles autochtones. La colonisation ne l'a pas importé : elle l'a développé à grande échelle.

La progression est cette fois durable : 500 ha d'oliviers dans la région de Sig en 1909, 2 000 ha en 1962. L'olivier résiste parce qu'il est fait pour ce terroir. Il supporte la chaleur sèche des étés oranais, s'accommode d'un sol alluvial bien drainé. Et la variété qui pousse ici, la Sigoise, est exactement à sa place.

1962 — Sig redevient Sig

À l'indépendance algérienne en juillet 1962, Saint-Denis-du-Sig retrouve simplement son nom originel : Sig. Les terres agricoles sont nationalisées, puis organisées en coopératives socialistes. Ce bouleversement aurait pu emporter la culture oléicole avec lui. Il n'en a rien été.

Contrairement au coton et à la vigne, l'olivier était algérien depuis le début. La culture de l'olive était incrustée dans les pratiques des familles locales. En 1990, l'État algérien fait même de la Sigoise une variété officiellement promue pour le développement des olives de table en Algérie occidentale. Ce qui était un héritage devient une politique.

Sig aujourd'hui

Sig est aujourd'hui la commune la plus riche économiquement de la wilaya de Mascara. Sa population dépasse les 90 000 habitants. Le périmètre irrigué de la plaine couvre plus de 6 500 hectares. Plus de 220 huileries transforment la récolte chaque automne, employant près de 10 000 travailleurs saisonniers.

La variété dominante — à plus de 80 % du verger — est la Sigoise. La même variété que les familles berbères cultivaient avant 1844. La même qui a résisté au coton, à la vigne, à la colonisation et à l'indépendance. Aujourd'hui, elle fait l'objet d'un projet de labellisation IGP soutenu par l'Union Européenne et le Ministère de l'Agriculture algérien.

  1. 1.Sig a été fondée en 1845 par un arrêté militaire français, avec un barrage sur l'oued qui rend possible l'agriculture irriguée à grande échelle.
  2. 2.Le coton et la vigne ont échoué. L'olivier — déjà cultivé par les familles berbères avant la colonisation — a survécu à tout et s'est imposé.
  3. 3.Sig est aujourd'hui la capitale algérienne de la Sigoise : 220 huileries, 6 500 ha irrigués, une variété endémique en cours de labellisation IGP.

1844 est l'année du projet, du barrage, de la première irrigation structurée. Une date documentée qui ancre l'histoire de la plaine dans un moment précis. C'est ce repère qu'a retenu SIG 1844, producteur d'huile Sigoise basé dans la plaine de Mascara.

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